Les bières écossaises : un style atypique

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Les bières écossaises : un style atypique


Les écossais ont aussi leurs spécialités concernant la bière. On trouve ici un style bien typique
dont nombreux brasseurs s’inspirent !
 

La plus vieille bière du monde ou presque…
À Skara Brae au nord de l’Écosse, sur des sites remontant au Néolithique, on a retrouvé trace d’une bière à l’orge remontant à plus de 5 000 ans !Et la tradition d’utiliser des herbes amères à la place du houblon a perduré en Écosse, plus longtemps que dans le reste de l’Europe. Ce n’est qu’en 1560, après la Réforme protestante, que les brasseries commerciales se sont développées et organisées dans les Lowlands (basses terres), au sud du pays. Édimbourg et Alloa en particulier sont devenus des hauts lieux de production et d’exportation de bière. L’ « Edinburgh Society of Brewers » (Société des brasseurs d’Édimbourg) a d’ailleurs été fondée en 1598.

 

Mais des brasseurs à la pointe de l’innovation brassicole !
La plus ancienne brasserie indépendante d’Écosse encore en activité, la « Dudgeon & Company’s Belhaven Brewery », a vu le jour en 1719. En 1996, elle entrait avec succès à la Bourse de Londres et changeait son nom pour devenir « Belhaven ». Elle a vécu tous les bouleversements de l’industrie brassicole écossaise : la grande phase d’industrialisation du XIXe siècle, le développement de nouveaux styles de bière (Indian Pale Ale et Bitter), puis la disparition progressive des petites brasseries au cours du XXe siècle avec les deux guerres et le succès des Lagers… Jusqu’à la renaissance récente dans les années 90 grâce à l’engouement pour les bières artisanales et les microbrasseries. Alors qu’il ne restait plus en Écosse que onze brasseries en 1970, on en compte aujourd’hui plus de soixante-dix !


Deux employés, un chien et une bière punk
Fondée en 2007 à Fraserburgh par James Watt et Martin Dickie, la brasserie « BrewDog » pourrait symboliser à elle le dynamisme de la bière écossaise. Avec sa « Punk IPA », elle a revisité l’Indian Pale Ale à la sauce écossaise. Pleine de caractère avec une touche d’excentricité, cette bière a immédiatement séduit les « bières geeks » du monde entier et assuré la notoriété de la marque. De deux employés et un chien, l’entreprise est passée en 2014 à 358 salariés. Elle brasse 90 000 hectolitres par an, possède un catalogue de 36 produits, est distribuée dans 55 pays, compte 26 bars et figure dans le top du classement des sociétés les plus dynamiques du Royaume-Uni. Et le chien est toujours vivant !

 

L’une des bières les plus fortes au monde est écossaise !
Lancée en 2012 et produite à quelques encablures d’Aberdeen par la brasserie « Brewmeister », un autre grand nom de l’industrie brassicole écossaise, « l’Armageddon » affiche un taux explosif de 65° d’alcool. Soit plus de dix fois plus que la teneur en alcool habituelle de la plupart des bières ! Même si ce record n’a tenu que quelques mois (elle s’est fait devancer par la Mistery of Beer, une Hollandaise titrant à 70° d’alcool), il est également représentatif de la créativité écossaise, qui marie parfaitement tradition, innovation et nouvelles technologies.

 

Et surtout, l’étonnante Scotch Ale !
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce type de bière aussi appelé « Scottish Ale » n’a rien à voir avec le whisky. La complémentarité entre ces deux breuvages existe bel et bien en Écosse : le vieillissement en fûts de whisky est largement utilisé par les brasseurs nouvelle génération, la folie du « craft » (bière et whisky artisanaux) touche aussi bien les brasseries que les distilleries.

Mais revenons aux « Ales écossaises ». Du fait du climat plutôt frisquet qui règne en Écosse et de l’impossibilité d’y cultiver du houblon, ces bières fermentent à des températures plus basses que la plupart des Ales, avec une quantité de houblon (importé) minimum. Du coup, ce sont les arômes de malt qui dominent, avec un caractère fumé et des notes de caramel prononcées. Leur couleur varie de l’ambre doré au brun profond, et le degré d’alcool est plus élevé que la moyenne : de 60 pour les « Scottish Light » à 120 pour les « Scottish

Wee Heavy » ou « Strong Scotch Ales ». Pas de panique, ces chiffres ne correspondent pas au degré d’alcool, mais à un ancien système de mesure en shillings qui faisait correspondre le prix au degré d’alcool ! Toujours est-il que ces bières typiquement écossaises, à la fois fumées, sucrées et alcoolisées ont un grand succès outre Atlantique : aujourd’hui, leur production est particulièrement développée aux États-Unis où de nombreuses brasseries artisanales sont spécialisées dans leur fabrication.